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Chauves-souris

Depuis la nuit des temps, le monde nocturne a été source d'imagination des hommes. La civilisation occidentale en particulier a craint et rejeté les animaux de nuit. Elle leur a attribué un rôle important dans ses croyances et ses mythes. Le Morvan, pays d'histoire, n'a pas échappé à ces superstitions. Les chauves-souris avaient plusieurs appellations : ' lai chaivouchie, lai chavoucheris, l'seri ou encore l'rait-voulant '. Drouillet signale que les paysans morvandiaux avaient la cruelle habitude de les clouer aux portes des granges afin de protéger les récoltes contre les rats et ravous. Elles étaient également redoutées par les femmes et les jeunes filles qui craignaient qu'elles ne s'accrochent dans les cheveux. Cette dernière croyance est encore d'actualité dans nos campagnes...

chauve-souris en vol (Photo Daniel Sirugue)

Les chauves-souris, ou chiroptères, sont des petits mammifères ayant acquis le vol battu. En Europe, cet ordre ne renferme que des espèces ayant un régime alimentaire insectivore strictement basé sur les petits arthropodes. La dentition, complète, est typique d'insectivore. Les dents ont des pointes acérées pour maintenir et déchiqueter la cuticule. Ces mammifères occupent la nuit les niches écologiques qu'utilisent les passereaux le jour.

crâne de chauve-souris

Les chiroptères possèdent des membres antérieurs modifiés en aile véritable. La membrane alaire, le patagium, est une membrane souple richement vascularisée qui relie les cinq doigts de la main aux pattes. Le bras et l'avant-bras sont allongés, de même que les doigts (à l'exception du pouce qui est normal). Une autre membrane, l'uropatagium, relie les pieds à la queue.

Au repos, les chauves-souris s'accrochent verticalement à un support la tête en bas grâce à un mécanisme de blocage d'un tendon n'entraînant aucun effort puisque c'est le propre poids de l'animal qui permet le fonctionnement de ce système. Ainsi des individus morts peuvent rester pendus sur place jusqu'à leur complète décomposition.

colonie d

A l'instar des oiseaux, les chauves-souris au vol rapide ont des ailes longues et étroites leur permettant ainsi d'exploiter les milieux ouverts (noctule), tandis que les espèces à ailes plus larges volent plus lentement et peuvent même faire du surplace leur permettant de capturer des proies sur une feuille dans la végétation encombrée d'un sous-bois (grand rhinolophe, oreillard). Cette différence de physionomie alaire permet à chaque espèce d'exploiter au maximum son milieu. Les ailes repliées, les chauves-souris peuvent ramper, grimper et marcher, pour se faufiler dans une fissure ou pour courir après un bousier.

grand murin en vol (Photo Daniel Sirugue)

Ces animaux volants sont capables de s'orienter de nuit dans l'espace de façon remarquable, de détecter les obstacles et les proies, grâce à un système de localisation original, sorte de sonar : l'écholocation ou localisation acoustique. Leur ouïe fine permet de recevoir l'écho des ultrasons produits par le larynx et émis par la bouche ou le nez suivant les espèces. Les signaux perçus via les oreilles sont analysés par le cerveau guidant ainsi parfaitement l'animal dans son environnement et lors de son action de chasse. Cette communication ultrasonique (> 20 kHz) ainsi que des cris audibles par l'homme sont utilisés lors des relations interindividuelles et des comportements sociaux.

Chaque espèce possède son cri. La fréquence et la durée varient d'une espèce à l'autre. Grâce à des appareils transformant les ultrasons en sons audibles à l'homme, la détection en vol des chauves-souris et la détermination possible de certaines espèces, avec une grande pratique, est maintenant possible.

Les chauves-souris ont développé différentes stratégies de chasse pour capturer les proies : la chasse au vol, la chasse sur place qui leur permet d'attraper les proies comme les chenilles directement sur le feuillage, et la chasse au sol pour la capture des gros coléoptères rampants.

grands rhinolophes (Photo Daniel Sirugue)

Pour survivre aux froids de l'hiver et à la disparition des insectes à cette époque, les chauves-souris recherchent les gîtes à microclimat particulier, pour hiberner. Les conditions ambiantes nécessaires varient d'une espèce à l'autre. Chaque espèce a ses propres besoins, ainsi, les rhinolophes, frileux, rechercheront les cavités thermiquement stables, ne variant que de 5 à 10°C, tandis que les pipistrelles moins frileuses hiberneront dans un milieu moins défini. L'animal tombe en léthargie, véritable état de torpeur pendant lequel il réduit considérablement son métabolisme. La température corporelle chute de 37-40°C à quelques degrés (0-10°C), et le nombre de battements cardiaques descend de 600 à 10 par mn. Cela permet à l'animal de vivre sur ses réserves accumulées à l'automne, période critique, où les chiroptères sont extrêmement vulnérables. Le moindre dérangement peut amener l'animal à déclencher son mécanisme de réveil, brûlant ainsi une grande quantité d'énergie précieuse au bon déroulement de l'hibernation. Le dérangement d'un animal peut entraîner son départ de la cavité dans le ' meilleur ' des cas. De fait, des grottes, carrières et autres cavités trop souvent visitées (spéléologie, chercheurs de minéraux, fouilles préhistoriques, ...) se sont vidées de leurs occupants.

colonie d

Des espèces de chauves-souris peuvent migrer pour gagner des pays plus propices à l'hibernation. C'est le cas de la noctule, du minioptère et de la pipistrelle de Nathusius. Ainsi, un mâle de pipistrelle de Nathusius, espèce ne pesant qu'une dizaine de grammes, bagué en Lettonie à Riga en août 1990, a été retrouvé à Decize (Nièvre) en mai 1992 soit une distance parcourue de 1591 km. Une femelle juvénile de la même espèce baguée en Allemagne en juillet 1990 a été reprise à Blanot (Saône-et-Loire) en mars 1991. En Bourgogne, dans les années 1950-1970, de nombreux baguages ont été réalisés sur diverses espèces. P. Constant, en étudiant particulièrement le minioptère de Schreiber, a constaté qu'en été la population est disséminée dans plusieurs cavités (plus de 24) entre Dijon - Lyon - Chambéry - Neuchâtel mais, par contre, elle se regroupe en hivernage presque exclusivement dans deux cavités.

Les autres espèces, bien que certaines effectuent des trajets de plus de 100 km entre les divers gîtes (gîtes d'été / gîtes d'hiver), sont considérées comme sédentaires.

Une autre particularité de certaines espèces (essentiellement les rhinolophes et les pipistrelles) est la fécondation différée. En effet, la période des amours et des accouplements a lieu pour la majorité des espèces à la fin de l'été et à l'automne. Mais l'ovulation et la fécondation sont retardées et ne se produisent qu'au début du printemps. Pendant ce laps de temps, le sperme est stocké dans les voies génitales de la femelle. Des accouplements en fin d'hibernation existent chez des vespertilionidés. Chez le minioptère, la fécondation a lieu à l'automne et c'est l'implantation de l'embryon qui est différée.

La gestation des chauves-souris ne dure que deux mois et elle est fonction de la biologie des espèces et également de facteurs extérieurs. De mauvaises conditions climatiques ou/et alimentaires vont entraîner un décalage des naissances. Vers le mois de mai, les femelles se rassemblent en colonies de parturition, groupes d'une dizaine à plusieurs centaines d'individus. Elles ne donnent naissance qu'à un jeune par an, plus rarement deux (noctule, barbastelle, sérotine, pipistrelle). Cette faible fécondité est compensée par une durée de vie longue pouvant atteindre plus de trente ans (chez le grand rhinolophe par exemple).

En Bourgogne, si les chauves-souris sont quand même signalées dans les différents travaux et publications sur les mammifères, dont celui de P. Bert (1864), X. Gillot (1910) et P. Paris (1936), les premiers véritables travaux relatifs aux chiroptères ont été réalisés par des naturalistes biospéléogistes pour la plupart : notamment de Loriol, Cannonge et Constant, pour la Côte-d'Or ; Naudin, Martin, Caubère, Pereira,... pour l'Yonne. Malheureusement ces travaux n'ont pas fait l'objet de comptes rendus et de bilans importants.

L'éloignement des grandes villes et l'absence de réseau karstique n'ont pas favorisé leur venue dans notre région et le Morvan est resté jusqu'à présent quasiment non prospecté.

L'ordre des chiroptères en Bourgogne comprend vingt et une espèces recensées mais le manque de prospection et la qualité des données (données anciennes) supposent de nouvelles prospections pour aborder le statut des espèces qui, dans l'état actuel des connaissances, est quasi impossible à établir.

En Morvan, ce travail a permis de recenser quinze espèces réparties en deux familles :

- la famille des rhinolophidés, représentée par un genre (Rhinolophus) et deux espèces : le petit et le grand rhinolophe ;

- la famille des vespertilionidés, représentée par six genres et douze espèces :

- - le genre Myotis avec le grand murin, le vespertilion de Daubenton, le vespertilion à oreilles échancrées, le vespertilion à moustaches, le vespertilion de Natterer et le vespertilion de Bechstein ;

- - le genre Eptesicus avec la sérotine commune ;

- - le genre Nyctalus avec la noctule commune et la noctule de Leisler ;

- - le genre Pipistrellus avec la pipistrelle commune ;

- - le genre Barbastella avec la barbastelle ;

- - le genre Plecotus avec l'oreillard roux et l'oreillard gris.

La collecte de données s'est orientée sur les prospections systématiques des milieux souterrains (mines, souterrains, abris sous roches, grottes, caves), des habitations (églises, châteaux, grosses demeures et bâtiments divers) et les milieux de chasse à l'aide de sonomètre et de filets. Des campagnes de presse et l'édition d'une affiche ' Recensement des chauves-souris en Morvan ' ont permis de découvrir des sites dans les bâtiments privés. En complément à cette prospection directe, des crânes issus de pelotes de chouettes effraies ont pu être identifiés (déterminations confirmées par H. Menu).

Toutefois, si la découverte de certaines espèces est aisée (rhinolophes, vespertilion de Daubenton, pipistrelles communes), il est clair qu'il est difficile de se prononcer sur le statut de toutes les espèces et notamment sur les espèces discrètes et forestières dont la localisation est délicate et masque leur abondance relative. D'autre part, l'absence de référence historique sur le Morvan, mis à part quelques vieux tas de guano laissant présager une occupation ancienne de certains sites, il est quasiment impossible de parler de leur évolution, sinon à écouter les anciens qui ont le leitmotiv habituel 'ce n'est plus comme dans le temps'.

Si quelques prédateurs comme les chouettes sont capables d'opérer ponctuellement des hécatombes dans une colonie, les chauves-souris ont peu d'ennemis mis à part l'homme. Dans un premier temps, il a favorisé en certains secteurs l'implantation et l'expansion de certaines espèces par ses travaux (habitations, constructions, creusement de mines et caves...). Actuellement, il est le facteur principal agissant sur les populations en étant la cause déterminante de raréfaction et de disparition de nombreuses espèces. Les causes, qui sont diverses, agissent pour certaines en synergie et peuvent être classées en deux catégories :

- les causes directes : le vandalisme, les croyances et superstitions, les collectionneurs et la cupidité ;

- les causes indirectes, multiples, agissent sur une séquence de la biologie de l'espèce :

- la destruction des gîtes (l'engrillagement des clochers ou la fermeture des accès, l'installation d'une chaudière dans une cave, la réfection des ponts, la destruction des arbres creux et des haies avec la transformation du paysage en ' openfield ' ou en monoculture sylvicole) ;

- l'éclairage des monuments historiques et des clochers (une entrée illuminée est abandonnée par ces animaux. Il convient de laisser une face sombre pour permettre l'accès) ;

- la raréfaction des proies par l'emploi abusif de pesticides et le traitement des charpentes avec des insecticides nocifs ;

- la perturbation des individus en hibernation (le baguage en pleine léthargie des individus dans les années 1950-1970 a été fatal pour bon nombre d'individus, la surfréquentation hivernale des grottes et des cavités avec le développement récent de la spéléologie-loisir, les fouilles archéologiques et minières par des amateurs, l'aménagement de sites pour le tourisme).

Certaines espèces sont menacées et des mesures de protection des sites de reproduction et d'hibernation sont impératives pour garder le patrimoine chiroptérologique de la région et, peut-être, revoir le minioptère se reproduire de nouveau en Bourgogne.

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