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Joseph Bruley

Voyages en tacot

Récit de Joseph Bruley dans Le Morvandiau de Paris,1981.

"J'y fis mon premier voyage au printemps de 1915, je n'avais pas tout à fait 5 ans! Mon père, fantassin de la Grande Guerre 1914-1918, avait réclamé une photographie de maman et de moi.

Nous prîmes donc le tacot pour aller chez un photographe de Saulieu. La locomotive qui sifflait très fort, qui crachait son épaisse fumée noire et émettait en grondant d'énormes jets de vapeur, me faisait très peur. L'odeur de fumée de charbon, chargée de goudron, me rendit malade pendant le voyage. Mais, appelé assez souvent à prendre le tacot, non seulement je m'habituai très vite à cette ambiance ferroviaire, mais je pris un réel plaisir à monter dans celui-ci. Je trouvais même que nous ne prenions le train pas assez souvent! Nous le prenions pour aller voir mes grands-parents qui habitaient à 5 Km de notre résidence, mais seulement lorsqu'il faisait mauvais temps ! Lorqu'il faisait beau, nous y allions à pied, par économie...

Plus tard, je fis de beaucoup plus longs parcours dans le tacot, lorsque j'étais interne au C.E.G de Corbigny. Il fallait 4 H pour faire environ 50 Km ! Mais qu'importe, j'y retrouvais mes camarades et jamais le voyage ne nous parut long !

Les wagons de voyageurs, de 56 places, étaient à plate-forme. Lorsque nous étions fatigués d'être assis nous allions sur la plate-forme. Il n'y avait pas de toilettes dans les wagons, il fallait aller dans les gares ! Il est vrai que celles-ci étaient assez rapprochées et que les arrêts étaient assez longs !...

L'éclairage se composait de trois lampes à pétrole par voiture, le verre de ces lampes débouchait dans une petite cheminée, sortant par le toit, et capuchonnée d'un cône. Sans doute par économie, on avait aménagé les voitures en premières et troisièmes classes. La séparation des classes était faite par une cloison en tôle dans laquelle s'ouvrait une porte de communication et où était aménagé un découpage pour le poêle. Les voitures étaient en effet chauffées l'hiver par un poêle à charbon ! Le découpage de la cloison passait juste en son milieu, si bien que l'appareil de chauffage servait à la fois pour les premières et troisièmes classe. Mais... le poêle se rechargeait dans le compartiment de 1ère classe ! Pourquoi avait-on mis la porte du poêle en première classe, et la caisse à charbon près des sièges rembourrés et recouverts d'un filet de dentelle qui avait dû être blanche ? L'explication est simple : la compagnie n'avait pas tellement confiance aux voyageurs de troisième classe ! Le responsable du chauffage était le chef de train, et comme la porte de communication ne s'ouvrait qu'au moyen d'un "carré", lui seul pouvait l'ouvrir pour recharger l'appareil de chauffage et... ne pas dépasser la quantité de charbon prévue sans doute pour un trajet.

Comme nous avions, au C.E.G, une heure ou deux d'atelier par semaine, cela avait été un jeu pour nous "garnements" que nous étions, de fabriquer un carré. Lorsque nous voyagions dans le tacot, à la veille ou à la rentrée des vacances d'hiver, les voyageurs de troisième classe avaient plus chaud !...

Nous profitions de ce que le Chef du train était dans son fourgon, et jamais celui-ci, qui se doutait bien de quelque chose, n'avait pu nous prendre sur le fait... et les voyageurs ne disaient rien !...

Quatre employés étaient en permanence sur chaque convoi : sur la locomotive, bien sûr, le mécanicien et le chauffeur et le chef de train et le postier qui avait le titre de "Courrier Convoyeur". Dans chaque fourgon de Chef de train, était en effet aménagée une cabine pour le postier, qui non seulement chargeait ou déchargeait les sacs postaux dans chaque gare, mais timbrait et triait, avant de les mettre en sac, les lettres qui lui étaient remises aux arrêts. Il y avait aussi une boîte aux lettres dans la porte de son compartiment".

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