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Jean Séverin, enfant du Morvan et écrivain (1911-1998)

Jean séverin, Antoine Bondat pour l'état-civil, est né le 21 août 1911 à Montreuillon, dans une maison toute proche de l'église, maison bâtie par son aïeul. Il devait mener une double carrière d'enseignant-éducateur et d'écrivain. Il fut solidement marqué par son milieu familial, par le Morvan du début du XXème siècle et par ses instituteurs de l'école primaire.
Après des études secondaires à l'Institution Saint-Cyr de Nevers, il obtient une licence de lettres classiques à la Sorbonne, malgré une grave maladie, et tout en commençant une carrière d'enseignant à l'école Saint-Martin-de-France à Pontoise, une école fondée par les Oratoriens. Successivement surveillant, puis professeur et resposable d'une maison de l'école, l'Ermitage, où les élèves se retrouvaient après les cours comme dans une famille. Il aimait les élèves et se faisait aimer d'eux. Il doit alors mesurer ses efforts pour assurer pendant vingt-cinq ans les fonctions de directeur des études en même temps que de professeur de seconde et de première, chargé de propédeutique à l'Institut catholique de Paris.

L'écriture fut pour lui un dérivatif à ses tâches lourdes et multiples, comme il le souligne lui même : "J'avais une vie écrasante et j'éprouvais le besoin de m'évader, de retrouver des êtres plus paisibles. Mes livres étaient mes rêves, mes voyages intérieurs. Je suis d'un pays de civilisation orale, mon enfance a été bercée par les contes et légendes. De là, le désir de raconter des histoires..."
Les publications se succèdent à partir des années 1950, presque annuellement, exceptionnellement sous son nom, en général sous des pseudonymes, celui de Jean Séverin devant s'imposer, mémoire de l'étudiant pour l'église Saint-Séverin. Ainsi "La jalousie de Dieu", "L'enfant et la nuit", "L'étoile des Baux", "Les enfants éblouis", "Le soleil d'Olympie", "Vercingétorix", "Vauban, ingénieur du Roi", ...

Nous retrouvons l'homme de foi, de fidélité, d'amour et de fraternité dans deux ouvrages majeurs. 
D'une part "Une vie peuplée d'enfants" (Laffont 1981) qui lui valut le Grand Prix catholique de Littérature, fruit d'une longue expérience de l'enseignement et de l'éducation, concluant sur des perspectives d'avenir : "Pour éviter des générations de fils prodigues, nous devons former les hommes autant que les enfants, donner une éducation autant qu'une culture".
D'autre part "Le Morvan du coeur et de la mémoire" (L'Armançon 1995), une vision de son cher pays, de son passé, de son évolution et de ses richesses humaines, avec une appréciation critique des chances d'avenir (prix de la Société des Auteurs de Bourgogne).

Par ailleurs, Jean Séverin fut un membre actif et un modèle au sein de l'Académie du Morvan. En juillet 1986, lorsqu'il succède à madame Bastid à la présidence, il a derrière lui une longue et constante participation, successivement responsable de la Page, vice-chancelier, vice-président. Pour lui "le titre d'académicien ou de membre correspondant n'est pas un badge que l'on s'accroche le temps d'une journée, mais un acte de foi, un principe d'action".

 
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"Le triste privilège de l'âge m'a valu de suivre quelques étapes de la révolution agricole qui nous a conduits d'une polyculture de subsistance à la fragile royauté du charolais.
Enfant, j'ai connu la ferme-mouchoir de poche où l'on vivait en autarcie, semait «son» seigle et «son» blé pour «son» pain, l'avoine pour le bourricot et les volailles, les treuffes pour la maisonnée et l'usine à viande qu'était le cochon, salut des humbles. Quelques vaches pour le lait et la charrue, un quarteron de moutons, deux chèvres à l'occasion complétaient le bestiaire domestique.
Près du sanctuaire de l'ouche, la maison sans confort, éclairée à la chandelle, abritait des générations parmi des volées d'enfants. Rude époque où chacun, livré à lui-même, luttait pour la survie dans un monde clos qui exaltait, à l'ombre du clocher, les vertus patriarcales de patience, de soumission au destin et de pauvreté.
Ce monde, je l'ai aimé, bêtes et gens. Il m'a élevé, m'a appris l'honneur des humbles. Il avait le visage de ma mère. Je le magnifie sans doute par le souvenir ; l'enfance est toujours émerveillée. Mais combien parmi nous, aux heures du soir, ne se penchent avec tendresse sur le terroir humain où ils ont puisé leurs racines?
Entre eux, les gens pratiquaient l'entraide et la solidarité : c'était le trésor des pauvres.

Dans mon enfance, l'école nous inculquait le sens de la communauté villageoise et du massif. Nous ne voyagions pas physiquement ; nos sabots étaient l'unique moyen de transport. Mais l'instituteur, à côté du maire et du curé, tenait une place éminente. Les leçons de choses, les dictées, les contes, la morale même nous ramenaient à nos origines. Positivement, on nous greffait le Morvan dans la peau. Certes, le monde est grand et la vie multiple, et il faut y préparer la jeunesse. Mais n'y a-t-il pas là une conclusion à retenir dans l'éducation de ces enfants du siècle, nourris de télé, qui ignorent trop souvent l'histoire et les moeurs de la petite patrie ?
Il faut enseigner l'amour."

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