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Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875)

Corot est né à Paris en 1796, dans une famille aisée, et fut élevé dans la campagne environnante au nord-ouest de Paris. De onze à seize ans, il étudie à Rouen, ce séjour est l'occasion pour lui de développer une sensibilité à la nature. Il rêve de devenir un grand peintre, volonté qui n'est pas affaiblie devant le souhait de son père qui veut faire de lui un négociant. Il décide de suivre les cours du soir de l'Académie suisse.

L'Académie suisse est un établissement privé fondé par un ancien modèle de J.L. David qui, moyennant un droit d'entrée, permet aux artistes de travailler d'après des modèles vivants. Sans professeur, cette Académie laisse une totale liberté aux artistes nombreux à y séjourner : Delacroix, Courbet, Monet, Cézanne.

En 1817, année où A. E.Michallon emporte le Prix de Rome du paysage historique, le père de Corot achète une maison de campagne à Ville-d'Avray dont les alentours sont l'occasion de promenades contemplatives pour le futur peintre.

La formation artistique de Corot débute avec A.E. Michallon dont il devient élève, puis avec E. Bertin. Auprès de ces deux artistes, il apprend la composition de paysages et la peinture en plein air à Fontainebleau. Corot progresse rapidement et décide de se rendre en Italie en 1825, avec l'appui financier inattendu de ses parents.

La ville de Rome inspire largement Corot, bien plus que les chefs-d'oeuvre visibles dans les monuments religieux et musées. Les oeuvres de cette période reflètent la luminosité qui caractérise la ville antique (Le Colisée, Le Forum). Corot se perfectionne dans le dessin avant de coucher la peinture sur ses toiles.

Depuis son plus jeune âge, le peintre est marqué par la nature, il se rend donc dans les environs de la capitale italienne en 1826, et s'arrête à Narni dont il peint une esquisse : " Le pont de Narni ", 1826, qui lui servira pour concourir au Salon de 1827. De retour à Paris en 1828, Corot a acquis une certaine assurance. Après la révolution de 1830, il se rend à Chartres. Toujours séduit par les vues d'architecture, il y peint une oeuvre célèbre : "La cathédrale de Chartres".

Ne rencontrant pas vraiment le succès au Salon, il se décide à voyager de nouveau en Italie en 1834. Sa méthode reste inchangée, il travaille sur le motif ou dans son atelier, en accumulant esquisses et dessins.

Lorsqu'il rentre à Paris, Corot présente des tableaux de paysages historiques susceptibles de plaire davantage aux jurys des Salons. Il associe des personnages bibliques ou mythologiques à ses compositions.

Au Salon de 1840, l'état lui achète enfin une oeuvre : "Le petit berger", puis au Salon de 1842, le "site d'Italie".

A cette époque, Corot se rend à Lormes, il y réalise une quinzaine de peintures, et bien sûr plusieurs dessins sur le motif. Son tableau "les bords du Cousin", esquissé dans le Morvan, est achevé à Paris.

En 1846, Corot se voit décerner la Légion d'honneur. Cette reconnaissance lui apporte des commandes officielles ("Baptême du Christ"). Son succès est confirmé en 1848, où il reçoit une médaille de deuxième classe et en 1850 où il est élu membre du comité du Salon. Suprême récompense, il obtient la médaille d'or à l'Exposition universelle de 1855, et Napoléon III lui achète le "Souvenir de Marcoussis".

Outre les compositions historiques réservées aux salons et les paysages et études d'après nature, Corot réalise des compositions plus lyriques qu'il vend aux marchands d'art. Il rencontre alors un grand succès d'autant plus que ce type de paysage poétique rappelait les oeuvres de Watteau, alors en vogue. "Souvenir de Mortefontaine", peint en 1864, reflète son style désormais reconnaissable ; il réutilise des esquisses d'après nature de tel paysage et recompose entièrement la scène en atelier. On y voit des motifs, comme les deux arbres aux branches tordues, déjà présents dans d'autres toiles.

L'oeuvre de J.B.C. Corot relie la peinture de tradition néoclassique aux courants naturalistes du XIXème siècle. Il est à la fois classique et précurseur. Classique, car il demeure dans la tradition du paysage historique recomposé, et précurseur, dans la mesure où il ouvre la voie à l'observation méticuleuse de la nature, à la représentation de véritables paysages. Les peintres de Barbizon n'ont pas oublié la leçon de Michallon à son élève Corot : "rendre avec le plus grand scrupule tout ce qu'il verrait devant lui".

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Jean-Baptiste Corot a laissé du Morvan, et de Lormes en particulier, des peintures et des croquis souvent peu connus du fait de leur extrême dispersion. Nombre d'entre eux ont en effet été acquis soit par des collectionneurs privés soit par des musées étrangers, très souvent américains. Le musée du Louvre en possède cependant quelques exemplaires datés en général de 1842, tels les tableaux représentant les bords du Cousin, le village de Saint-André-en-Morvan, une étude du narthex de Vézelay, le croquis à peine esquissé d'un paysan labourant avec sa paire de boeufs, portant l'inscription "Morvan près Lormes".

Comment Corot a-t-il connu le Morvan ? Certes, le peintre avait des origines bourguignonnes : son père était né à Mussy-la-Fosse à côté de Semur-en-Auxois. Sa mère, quant à elle, était suisse, et le petit Jean-Baptiste naquit à Paris le 16 juillet 1796. C'est en 1833 que sa nièce, Louise-Laure, dont Corot a brossé deux portraits, épousa Philippe Jules Nicolas Baudot, originaire de Lormes, le père de ce jeune homme, Nicolas Marie Vincent, fut maire de la commune de 1832 à 1846. Dès lors, Jean-Baptiste Corot séjourna à plusieurs reprises à Lormes, notamment en 1841 et 1842.

Le peintre flâne dans les rues de la bourgade à la recherche de sujets. Il s'en éloigne également, partant découvrir la région tantôt à pied, tantôt en carriole. Dans ses pérégrinations, il emporte parfois son chevalet et ses toiles, afin de travailler d'après nature, face à son sujet. Mais, souvent, il ne se munit que de feuilles de dessin sur lesquelles il dresse de rapides croquis qu'il développe ensuite dans son atelier parisien.

Ainsi s'expliquent certaines différences entre la peinture et la réalité. C'est le cas du village de Saint-André-en-Morvan : sur le tableau, le relief apparaît singulièrement adouci par rapport au modèle. Corot a cependant particulièrement bien traduit l'atmosphère des campagnes morvandelles, qu'il s'agisse de rendre compte de la vie des villages, des travaux des champs ou des paysages naturels. "Ravin dans le Morvan, près de Lormes", un tableau conservé au musée d'Atlanta, transcrit toute la sauvage poésie des vallées morvandelles : les deux tiers de la toile presque carrée sont occupés par le vert profond des frondaisons, tandis que les eaux tumultueuses du torrent, et le chaos de rochers, sur l'autre berge, sont inondés d'une lumière quasi méditerranéenne. On retrouve une ambiance semblable, un même contraste entre la pénombre forestière et la luminosité frémissante de la rivière jalonnée de gros blocs erratiques dans "Les Bords du Cousin", que l'on peut voir au musée du Louvre.

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