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Eugène Pelletier de Chambure (1813 - 1897)

Né à Paris d'une famille de notables nivernais, Eugène de Chambure fut lié dans sa jeunesse aux écrivains catholiques, Montalembert, Ozanam, Ballanche, et publia des vers dans lesAnnales romantiques ; il revint se fixer en 1834 dans le Morvan, à la Chaux, publia des vers. De 1848 à 1870, il fut conseiller général de Montsauche. Son grand ouvrage est le Glossaire du Morvan, Etude sur le langage de cette contrée (1878) qui fit sa réputation, et qu'on doit encore consulter aujourd'hui.

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Les siècles passés ne nous ont laissé aucun monument, aucun écrit dans lequel il nous soit possible d'entendre un écho fidèle des idées et du langage d'autrefois. Les innombrables chansons de la contrée, chanson du bouvier dans le sillon, chanson du bûcheron au fond du bois, chanson du pâtre couché au milieu des genêts tandis que le bétail dont il est le nonchalant gardien longe d'un air ennuyé les frontières verdoyantes du pâturage, chanson de la bergère cheminant, sa quenouille en main, sur les maigres pâquis avec son troupeau d'oies ou ses quelques brebis affamées, chanson du matin, alerte et joyeuse comme l'aube qui s'éveille à l'horizon, chanson du soir, lente et cadencée, dont le rythme va s'éteignant peu à peu dans les ombres naissantes du crépuscule, toutes ces chansons forment un abondant répertoire où brille parfois la verve du trouvère anonyme, mais où manque toujours la couleur particulière du lieu, ce qu'on appelle familièrement le goût du terroir. D'où viennent-elles, où vont-elles ? Nul ne le sait. Vagues et incolores comme le souffle du vent dans les feuillages, comme le murmure du ruisseau sous les saules de la prairie, elles traversent les campagnes où elles ont un moment de vogue pour disparaître bientôt en laissant la place à d'autres venues également du dehors, déjà peut-être démodées ailleurs.

Quoiqu'il en soit, il est certain que le Morvan ne possède aucune légende, aucun chant, aucun noël un peu ancien en vrai patois. Ce qui existe est tout à fait moderne ou arrangé pour produire une illusion de couleur locale. En tous cas, rien n'est incontestablement original. La chanson de noce connue sous le nom de jiolées ou ziolées, c'est-à-dire le morceau le plus célèbre de notre répertoire (…), ne renferme pas un seul mot qui appartienne exclusivement au langage du pays. Elle n'est qu'une variante du type en circulation dans toute la France (…). Qu'en devons-nous conclure ? Pas autre chose que la provenance exotique de ces petits poèmes populaires composés non loin des champs car ils en exhalent souvent la bonne odeur, mais aussi auprès des villes car ils dénotent une certaine culture d'esprit. Les réminiscences classiques y viennent parfois se fondre avec les trouvailles d'une imagination ingénieuse et primesautière. Le patois morvandiau n'existe donc écrit nulle part. Il n'existe que dans l'usage contemporain…

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