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Les humeurs du corps

Héritage culturel lointain, diverses pratiques illustrent d’anciennes conceptions de la maladie et du remède.
Dans les cas d’infection, «tirer l’humeur» est bien souvent la première intention thérapeutique. Notamment dans le domaine des affections cutanées, celle-ci a survécu à l’évolution des progrès médicaux. Par exemple, les cataplasmes de feuilles de Pas d’âne, Tussilage, «tirent l’humeur des furoncles et des abcès». D’autres préparations spéciques s’y prêtent également: «Macérer des feuilles de Sceau de Salomon dans l’alcool pour mettre sur les panaris, ça tire le mal». Passées sous l’eau bouillie et posées en cataplasme sur les plaies, les feuilles de Plantain «sèchent» et «tirent l’inflammation». Les plantes «tirent» également «l’eau en excès dans le corps». «Quand on a les genoux enflés, des douleurs, il faut se bander le genou la nuit avec un cataplasme de Boutons-d’or hachés. Le genou enfle, ça fait transpirer le genou, ça tire le mal. L’eau finit par sortir. »
«Attirer le mauvais sang» constitue un autre principe médical populaire, mis en œuvre dans diverses affections externes ou internes. En nous parlant de la Rue, une informatrice du Charolais rapporte que «la Reu, ça attire tout le petit sang, le sang battu... On la hachait vert... Alors une fois hachée, on la met dans de la graisse blanche, du saindoux, de la graisse de cochon... Je me souviens d’un monsieur, il labourait avec des bœufs. Il y a un bœuf qui lui a marché sur le pied, il avait écrasé le pied. C’était bleu! C’était écrasé, enflammé, bleu, violet, vilain comme tout! Le pauvre, il avait souffert. Il était venu chez nous. On avait haché de la Rue, on y mélangeait bien avec la graisse blanche. Il y laissait. Il y changeait toutes les trois heures. Il avait un drôle de pied! ». Selon notre interlocutrice, l’Arnica en application sur les coups «mange le sang battu». D’autres préparations, tel le cataplasme de «blanc de Poireau cuit dans de la graisse blanche, appliqué en emplâtre tiède», sont employées pour faire «mûrir un abcès et attirer le mauvais sang».
Une grande partie des indications thérapeutiques recueillies révèle la persistance de la médecine des humeurs. Et si «le savoir médical se structure autour de Galien (...), disciple d’Hippocrate» et «fit autorité dans le monde médical jusqu’au XVIIIe siècle», il a continué d’irriguer jusqu’à nos jours les pensées souterraines dans l’ombre de la médecine savante. La médecine hippocratrique se construit essentiellement autour de l’harmonie entre les éléments de la création (eau, air, terre, feu), les quatre qualités (chaud, froid, sec et humide) et les quatre humeurs dans le corps humain (sang, bile, flegme ou pituite, astrabile ou bile noire). Elle vise à rétablir tout déséquilibre humoral. Ainsi, cette médecine assoiffée de saignées et de purgatifs, dont témoignent encore nos interlocuteurs, a-t-elle assigné à la plante un rôle majeur dans l’élimination des humeurs. Le savoir commun comporte un cortège considérable d’espèces médicinales aux vertus digestives, dépuratives, laxatives, diurétiques et sudorifiques, et par conséquent dominantes dans la pratique quotidienne. Leur emploi répond à la préoccupation «d’évacuer du corps les toxines», «les crasses», «la mauvaise humeur» ou «le mal», nom générique de nombreux symptômes ou pathologies. Dérivation ou prolongement de la théorie humorale, ces principes thérapeutiques s’étendent aussi au domaine des affections externes. Il faut «faire sortir l’humeur des plaies», «la faire mûrir», «tirer le sang battu des coups», ou encore «provoquer l’humeur» en médecine vétérinaire avec certaines plantes employées comme séton ou abcès de fixation. Non seulement appliqué aux plantes les plus communes, ce raisonnement thérapeutique se propage à des espèces plus rares, tel le «Sang de dragon», ou Patience sanguine, propre aux mineurs. Jusqu’à nos jours, la permanence de ces pratiques semble résider dans l’étroite adhésion aux représentations de la médecine humorale. Bon nombre d’informateurs attestent encore de son efficacité qui parfois «se rattache à des concepts physiologiques qui ne sont pas conformes à notre médecine».

***Le Chèvrefeuille.

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