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Le calendrier végétal

Si l’hirondelle ne fait pas le printemps, on peut alors s’interroger sur les signes qui l’authentifient. Comment les saisons sont-elles perçues et comment y sont ordonnés les rapports au végétal à travers la cueillette et les pratiques qui en sont le prolongement? Au gré des saisons, les plantes donnent la mesure. Alternance de temps forts et de silences, le calendrier est soumis aux caprices de la nature. Et, si savoir gérer le milieu naturel consiste à rechercher un accord harmonieux avec l’environnement, c’est aussi une véritable orchestration sociale: répartition des tâches, organisation de la cueillette, transformation des produits, préparation de manifestations rituelles et festives. Les pratiques liées aux plantes à usage alimentaire, médicinal, technique ou symbolique s’inscrivent dans un calendrier précis, soumis aux influences biologiques mais bien sûr culturelles. Elles correspondent aussi à des rites calendaires fréquemment associés aux fêtes christianisées souvent d’origine païenne.


Le Houx.

Le discours des informateurs rappelle qu’il serait réducteur d’analyser l’inscription temporelle des activités de cueillette et des pratiques qu’en terme d’adaptation au cycle naturel des saisons. Bon nombre des utilisations techniques ou symboliques du végétal se situent dans un calendrier précis. Elles obéissent à diverses modalités sociales et culturelles. Le rapport de l’homme à la plante accompagne les saisons, mais scande aussi les étapes de la vie humaine. Fortement ancré dans la pensée contemporaine, il demeure un marqueur temporel. Il participe des représentations du temps vécu, social et liturgique.
Tout au long de l’année, se déroulent différentes pratiques à visée protectrice ou propitiatoire. L’enjeu en est considérable. Il s’agit d’écarter tout type de danger pouvant menacer tant le corps, véritable instrument et force de travail, ainsi que l’espace domestique ou agricole, abritant les biens de production de la famille.


Le Buis.

Le découpage populaire de l’année ne recouvre pas toujours les quatre saisons classiques puisque le printemps et l’automne sont par exemple en Morvan de courte durée. Les quatre divisions se réduisent aux deux suivantes: «La bonne saison», des Rameaux jusqu’à la Toussaint, et «la mauvaise saison» ou «morte saison», le reste de l’année [De Chambure (1878) nomme ces deux parties de l’année «lai sâion» (belle saison) et «l’mauvais temps»]. Ces deux fêtes du calendrier liturgique font coïncider d’une part la célébration du renouveau de la vie, la résurrection du Christ, avec la renaissance de la végétation et d’autre part la fête des morts avec le dernier souffle du monde végétal. On observe à ces occasions deux types de cueillettes et de pratiques symboliques. Aux Rameaux, le Buis que l’on récolte et que l’on fait bénir est déposé sur les tombes et accroché dans les maisons, les étables. Il était parfois fiché en terre dans les parcelles cultivées. À la Toussaint, le Houx était placé sur les tombes. «Autrefois, il n’y avait pas de Chrysanthèmes... Alors, à la Toussaint on mettait du Houx fleuri sur les tombes. On en plantait devant les tombes, ou dans un pot, quelques branches. Avant la Toussaint, on se disait tout bas “tu sais pas où il y a du Houx fleuri? ”. C’était comme ça! » Dotée d’un feuillage persistant, cette plante est aussi exceptionnelle par les fruits rouges qu’elle porte très longtemps à l’aisselle de ses feuilles, symbolisant ainsi la fécondité. À noter que seuls fructifient les pieds pourvus d’organes femelles. Ce type biologique entoure de surcroît l’espèce de mystère.
Au feuillage persistant, le Buis et le Houx symbolisent la continuité de la vie et le rapport avec l’au-delà, l’univers lointain et inaccessible. Ils médiatisent tous deux le rapport de l’homme avec l’ordre caché du monde. La première protège de «tout malheur et de toutes maladies», la seconde «porte bonheur lors du Nouvel An». Elles accompagnent encore l’individu lors de certains rites de passage, tel le Houx dont on compose le bouquet de la mariée et qui jonche la table des noces, tel le Buis dont on signera le défunt. Vie et mort se donnant la réplique, cette bipolarité de l’année se rive autour du caractère vital et mortuaire aussi bien du temps liturgique que du temps naturel.

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