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La forêt


La forêt (Chêne sessile, Myrtille, Callune, Sureau à grappe, Hêtre...).

Les forêts de feuillus sont largement représentées en Bourgogne, qu’il s’agisse des chênaies (Chênes rouvre, pédonculé, pubescent ou abâtardi), ou bien des hêtraies. On compte encore de nombreuses essences comme le Frêne, l’Orme, le Châtaignier, le Charme,... Introduits à la fin du XIXe siècle, les résineux, notamment l’Épicea, le Pin noir d’Autriche, le Sapin et le Douglas, ont sensiblement modié le paysage.
On parle ici de «breuil» ou bois, là de «boucaiges», petits bois. La diversité et l’étendue des milieux forestiers bourguignons ont engendré de nombreux usages sociaux, tel le pacage, l’affouage, le «feurtaige», le ramassage... Autrefois étaient mis à profit le bois pour la construction, la fabrication de l’outillage domestique et le chauffage, les fruits pour l’alimentation humaine, ainsi que l’herbe, les Châtaignes et les glands pour les animaux. Il y a encore une cinquantaine d’années, comme le rapporte un informateur: «On envoyait les porcs dans les bois de Chêne, c’était la glanée... On emmenait aussi les bêtes dans les bois. Elles mangeaient la fanasse (Canche flexueuse). Il y avait de l’herbe dans les bois en mars, qu’il n’y en avait pas encore dans les prés! Mais très anciennement, les gens allaient la faucher dans les bois et la ramenaient aux animaux. Il y a beaucoup de fanasse et de bonnes herbes dans les taillis. Mais les bêtes mangent le brou de Chêne et les arbres meurent. Ça ne donne pas de belles forêts. Mais quand les bêtes en mangeait, de cette fanasse, au printemps, elles fleurissaient bien! ».

Les hommes entreprennent le défrichement de clairières, les coupes de bois d’œuvre ou de chauffage, l’écorçage des Chênes, l’entretien des peuplements,... Même si la femme participe aux travaux forestiers, sa mission est souvent subordonnée à celle de l’homme: ramassage de petit bois, nettoyage des coupes ou garde du bétail. Aujourd’hui, la plupart d’entre elles ne fréquentent plus guère la forêt. Loin du regard des autres et échappant au contrôle social, cet espace fermé est un lieu avant tout masculin.

Les savoirs relatifs au monde de la forêt appartiennent donc essentiellement aux hommes et peuvent recouvrir des domaines qui ne leur sont généralement pas attribués, tel celui des plantes médicinales. Éloignés de la sphère domestique, les bûcherons possédaient leur propres remèdes. Ils connaissaient plusieurs espèces de Mousse et de Lichen pour endiguer les hémorragies lors de blessures et de coupures auxquelles ils étaient exposés. Ils utilisaient l’écorce de Chêne pour soigner les crevasses et les engelures, ainsi que la sève de Frêne pour les maux d’oreille et les otites. Lorsqu’ils séjournaient plusieurs jours en forêt, ils se confectionnaient des «paillasses» ou matelas en Fougère, parce que «c’est sain et ça évite les rhumatismes». En cataplasme, les feuilles d’Aulne glutineux soignent les maux d’yeux, celles de Saule les cors et de Lierre grimpant les entorses. La poudre de Vesse de Loup était appliquée sur les engelures. Des bourgeons de Pin, on préparait des infusions pour soigner la toux et les affections respiratoires.

Le ramassage de certaines plantes alimentaires semble confirmer l’intérêt masculin pour la forêt. «Dans les bois de Vézelay,... mon grandpère ramenait des petites bottes d’Asperge des bois. On les faisait cuire. » Outre cette Ornithogale des Pyrénées, la forêt abrite d’autres végétaux comestibles: fruits de Cormier, Frêne, Hêtre, Myrtille, Néflier, Pommier sauvage et Sorbier des oiseaux, jeunes feuilles de Ficaire, racines de Raiponce en épi. L’engouement pour les plantes sauvages est souvent affirmé. «Dans les bois au Folin, au Beuvray, on ramassait des Pourio, la Myrtille, et des Framboises bien plus parfumées que celles du jardin! » Là encore, les pratiques de ramassage attestent des relations étroites entre le monde sauvage et les processus de domestication. «On allait aux Champignons dans les sapins... Ma grand-mère, elle allait aux Noisettes avec une voisine. Elle allait même chercher des œufs de perdrix dans les champs. Elle les faisait couver. Et puis elle les nourrissait avec des œufs de fourmi, elle ramenait les fourmilières! Elle faisait les escargots, elle avait une escargotière! » Les produits de la forêt constituaient des denrées de substitution. «Pendant la guerre, il n’y avait pas de café. On faisait aussi du café avec des Glands... On les faisait sécher, puis griller, entiers. On les coupait seulement quand ils étaient grillés. Et on faisait le café. C’était amer! »
La forêt concentre de nombreuses espèces à usages technologiques: Châtaignier, Ronce et Saule pour la vannerie, Bouleau, Chêne, Cormier, Frêne, Hêtre, Houx, Mélèze, Noisetier et Sapin pour l’outillage agricole.
Comme dans la haie, les essences du 'mai' offert aux jeunes filles sont diversiées, tels le Bouleau, le Charme, le Chêne, le Frêne, le Houx, le Sapin ou le Sceau de Salomon.
Aujourd’hui, certaines pratiques sylvicoles de ces dernières décennies, comme l’enrésinement en Morvan, sont réprouvées. «Les conifères sont très mauvais pour le Morvan, ils boivent l’eau du sol, au lieu de lui en donner. Par ici, c’est incroyable toutes les petites sources qui se sont taries depuis que c’est enrésiné! Dans quelques temps, il n’y aura plus de ruisseaux, car les conifères boivent tout. Et, ça vous amène un temps comme ça, humide, pluvieux! »

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  • Asperge  sauvage
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