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Migrations temporaires et saisonnières

Durant le XIXème siècle, des hommes et des femmes de la population pauvre durent gagner de l'argent en dehors du Morvan par de multiples activités selon les saisons et sur des périodes qui se comptent en semaines ou en mois.

Le manque de ressources locales diversifiées, de moyens pour acheter des terres quand elles sont à vendre, de développement industriel, de moyens de transport associés à un essor démographique important font que nombre de Morvandiaux durent chercher à l'extérieur des revenus complémentaires dès le début du XIXème siècle et ce, en dehors des quelques ressources qu'apportait le flottage du bois à la majorité de la population.

Nous appelons cela les migrations saisonnières et les migrations temporaires.

Les migrations saisonnières

Les migrations saisonnières dépendent des différents travaux agricoles selon les mois et les saisons. Sauf exception, les migrants descendaient pour une courte période dans les bas pays voisins du Morvan pour y faire les vendanges, les foins, la moisson (décalés de deux semaines par rapport au Morvan où la maturité des céréales arrivait plus tard par le climat, l'altitude et une terre pauvre) et les labours.

Les couvreurs en chaume de seigle partaient aussi plusieurs semaines vendre leur savoir-faire dans les départements environnants.

Avant l'extension du chemin de fer, il y avait des toucheurs de boeufs qui emmenaient en quinze jours des troupeaux de vaches et de boeufs aux abattoirs de Poissy et Sceaux.

Au milieu du XIXème siècle, des conducteurs de boeufs ou bouviers partaient chez des betteraviers du nord et de l'est de Paris, Picardie, Brie, Beauce, Soissonnais.

Ces riches fermiers avaient pris l'habitude d'acheter à Autun lors de la foire de la St Ladre du 1er septembre de nombreuses paires de boeufs bien adaptées aux travaux dans des terres grasses. Puis ces boeufs étaient engraissés à la pulpe de betteraves avant d'être vendus pour la viande dont la consommation augmentait considérablement surtout dans les bassins industriels et urbains.

Avec l'achat de boeufs, ces betteraviers embauchèrent aussi des bouviers morvandiaux pour plusieurs mois, lors de la louée du 1er mars à Autun.

Naquit l'expression 'aller en Picardie' pour traduire cette migration et par extension, d'autres activités agricoles hors du Morvan.

Lors des louées, des domestiques de maisons ou de fermes, des journaliers se vendaient et étaient recrutés pour plus ou moins longtemps par des propriétaires extérieurs au Morvan et même du pays.

Ces rassemblements de main-d'oeuvre divers, dont la plus importante à Autun, pouvaient aussi se faire plus modestement lors de foires dans les communes. Des signes distinctifs portés au chapeau pouvaient informer les employeurs de la spécialité de la personne qui louait son travail.

Parfois, des migrants saisonniers restaient sur place, faisaient venir leur fiancée ou épouse morvandelle, en leur trouvant un travail et créant ainsi une petite colonie de Morvandiaux comme à Noisiel autour de la chocolaterie Meunier en Seine-et-Marne.

Les migrations temporaires

Deux activités principales éloignaient de leur famille les hommes pendant environ six mois qui pratiquaient la galvache dans de nombreux départements et les femmes pendant au minimum quatorze mois, pour une 'campagne de nourriture' qui devenaient nourrices sur lieu dans des riches familles parisiennes en majorité.

Il faut les différencier des nourrices sur place qui restaient en Morvan pour accueillir un ou des enfants de l'Assistance publique moyennant rétribution.

Les galvachers

Les galvachers louaient leur service comme transporteurs avec charrette, boeufs et surtout leur savoir-faire. Ce savoir-faire d'éleveur, de dresseur et de conducteur d'attelage s'acquerrait en Morvan avec les pentes et chemins escarpés nécessitant une technique qui fit la réputation des galvachers du Morvan.

Laissant famille et ferme (en période de travaux et récolte), ils partaient au printemps six, sept mois jusqu'à la mi-novembre sur les routes de France transportant différentes marchandises.

Une vie rude, itinérante, dormant 'un peu partout' à la recherche de contrat et de pâture pour leurs boeufs qui justifiaient les gains au retour.

L'hiver, ils travaillaient aux charrois des coupes de bois pour le flottage du bois et dans leur ferme.

Les galvachers assurèrent aussi les échanges entre les produits du Morvan et du bas-pays.

Les nourrices sur lieu

Développée en Morvan à partir des années 1830-1840, cette migration peu représentative au début du XIXème siècle, devint importante dans la deuxième moitié du XIXème siècle avec ses conséquences sociales et financières.

Hormis quelques nourrices de familles célèbres (Roi de Rome, enfants de Louis-Philippe), de nombreuses anonymes partaient pour une 'nourriture' de minimum quatorze mois dans des familles parisiennes, revenaient au pays et souvent, repartaient pour d'autres nourritures.

Laisser enfants, mari et maison aux bons soins de la famille, des voisins et même à une nourrice rémunérée au hameau ne se justifiait que par les gains rapportés. En plus des bonnes manières, les gains des nourrices sur lieu permettaient d'acquérir des terres, de construire ou rénover la maison et de la meubler avec plus de confort.

Deux principales ressources en Morvan

Il faut noter l'importance du flottage du bois, depuis la moitié du XVIème siècle et en déclin progressif au XIXème siècle, comme ressources complémentaires en Morvan. Le flottage occupait à certains mois hommes, femmes et enfants pour la coupe, le charroi au port de flottage, l'empilage, le jetage et le flottage des moulées bûches de 1,14 sur les rus et ruisseaux gonflés du bassin versant de la Seine.

De plus, rappelons la très grande importance des enfants assistés et des nourrices sur place par les gains rapportés en Morvan et l'apport social de cette 'immigration'.

Des terres agricoles et forestières ne pouvant nourrir tout le monde, des grandes propriétés foncières ou petites et morcelées, peu d'investissement important de capitaux locaux dans le développement économique du XIXè, pas de créations industrielles obligèrent les Morvandiaux à compléter leurs ressources. Ces migrations saisonnières et temporaires permirent de reculer, par rapport au niveau national, les migrations définitives en Morvan vers les années 1880.

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